Quoi de plus énigmatique et mystérieux qu’un endroit qui s’appelle “Lost Coast” ? Voyager à vélo pour moi signifie accéder à des endroits privilégiés où seuls un petit nombre de personnes peuvent s’y rendre et bivouaquer n’importe où tant qu’il y a de l’eau. Alors un nom comme “Lost Coast” ne peut que faire rêver mon coeur d’aventurière. On nous déconseille cependant cette route, selon les locaux, elle est difficile et il y a un gros col à passer. Mais messieurs, dames, si je ne voulais pas me confronter à la difficulté, et vivre une expérience unique, je n’aurai certainement pas choisi de voyager à vélo. C’est décidé, nous prendrons cette route avec notre copain Alex qui nous rejoint pour 1 semaine.

Ce que nous allons découvrir et vivre là-bas est à des années lumières de ce que j’avais imaginé. Le paysage est sublime, certes il y a de grosses montées mais rien d’impossible (et impossible n’est pas français évidement …). Les hauteurs ressemblent un peu au plateau du Cézalier. Premier bivouac au bord de l’océan sous un ciel étoilé. A ce moment là, je me sens vraiment cyclo-voyageuse et je retrouve le sentiment que j’avais éprouvé en Amérique du Sud en 2007 et 2008.

Le lendemain, nous sommes presque seuls sur la route, une voiture, une vache, une voiture … bref le temps suit son cours. Puis nous poursuivons notre route jusqu’au village de Honeydew dans lequel nous avons prévu de camper. En passant devant l’épicerie du village, les gens n’ont pas l’air frais. Nous continuons jusqu’à ce terrain de camping qui s’avère être un endroit repoussant. Les poubelles décorent l’entrée des toilettes, le plan de l’endroit est criblé d’impacts de balles. Des tentes sont déjà installées mais ce ne sont pas des voyageurs qui dorment ici. Nous décidons de demander l’hospitalité et camper dans un jardin. Arrêt à la première propriété: Jérôme et Joséphine ouvrent la barrière et vont à la rencontre d’un groupe de jeunes gens qui jouent au foot. Jérôme explique la situation et demande si nous pouvons camper ici. La réponse ne se fait pas attendre c’est un non catégorique: ” Et vous avez de la chance de tomber sur moi (il est employé du “ranch”) si vous étiez tombé sur mon patron c’est avec un fusil qu’il vous aurait reçu …”

On ne se démonte pas et demandons aux pompiers de la caserne du village. Au moins avec eux il ne devrait pas y avoir de problème … mais nous avons oublié un peu trop vite que nous sommes dans le Comté de Humboldt dans le nord de la Californie. Négatif, le chef des pompiers refuse de nous laisser camper à côté de la caserne sous prétexte que c’est une propriété privée. La situation est bien mal engagée, le soleil s’est déjà couché et nous n’avons plus beaucoup de lumière devant nous. La rivière toute proche semble la dernière solution. On campe donc sous les arbres, un peu comme des fugitifs, ça pue le cannabis au bord de l’eau.

Le lendemain, nous décidons de quitter cette région antipathique et inhospitalière et de retourner sur cette route affreuse qu’est la 101 (nous n’avons pas d’autre choix). Avant de débuter les choses sérieuses et d’attaquer la montée du col, nous croisons la route de 2 québécois qui discutent tout en jonglant, pieds nus, devant l’épicerie. Ils nous apprennent que le village vit de la culture de cannabis et en ce moment (fin octobre) c’est la récolte. Les ranchs cachent-ils d’autres “secrets” puants derrière leurs barrières ?

Voilà tout est dit !!

 

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