Qui a dit que le mois de Mars est gris et ennuyeux ? Sûrement pas moi puisqu’à peine de retour de Puvirnituq et du festival des neiges, je refais mon sac de voyage et part avec Jérôme et Caroline, notre amie québécoise, pour le regroupement culturel et traditionnel des Indiens Cree. L’évènement a lieu deux fois par année (hiver et été) et l’endroit change tous les ans, le nomadisme n’a pas complètement disparu ! Cet hiver, le site se trouve au sud-est du village, à 3 heures de skiddo, 3 jours de marche et 15 minutes en Twin Otter. Au regard de mon état, l’avion est le plus approprié et nous nous retrouvons jeudi à midi en compagnie de 3 bambins et de leur maman à l’aéroport. L’avion apporte des vivres aux familles qui sont sur place depuis une semaine déjà. Pas d’hôtesse évidement puisque le zinc n’a que 13 places. Le temps est dégagé et nous découvrons l’immensité vierge des terres, les rivières et les lacs gelés. Nous atterrissons sur une rivière gelée immense, toute la communauté nous attend. La curiosité de découvrir 3 blancs dans l’avion se lit sur certains visages. Puis nous discutons du voyage, des activités du camps pendant que Francis le pilote et son co-pilote déchargent l’avion. Le camp est un peu plus haut, protégé du vent parmi les épinettes. On compte une dizaine de tentes traditionnelles faites en bois et recouvertes de bâches ou de toiles de coton. Toutes sont munies de poêles, il fait – 20 degrés en moyenne …

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Nous sommes arrivés depuis moins d’une heure et déjà nous nous retrouvons sous une tente, invités à boire le thé. Nous découvrons la tranquillité qui règne et seul le crépitement du bois dans le poêle rythme les conversations. Chacun s’occupe de son côté: quand l’un taille une branche pour faire cuire de la viande de caribou, l’autre s’active à la confection d’une paire de mocassins pour sa petite fille. Une immense sensation de sérénité nous envoute et ça tombe bien car c’est exactement ça que nous cherchions en venant ici.

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La tente qui nous est destinée est plus grande que les autres et les gamins du camps prennent un malin plaisir à jouer et ruser dans notre “gîte”. Ils sont malgré tout attachants et nous proposent de la viande de castor cuisinée par leur grand-mère !

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Notre première nuit se passe bien, Caroline qui a peur d’avoir froid dans son vieux sac de couchage se lève régulièrement pour approvisionner le poêle.

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Le lendemain, alors que nous observons un oiseau peu farouche en train de se régaler de viande de caribou, on nous annonce le départ d’un groupe de jeunes qui rejoignent le village à pied.

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Ces jeunes sont arrivés dans le camp à pied il y a 3 jours et repartent de la même façon, à la seule force de leurs jambes. Ils ont l’air paisibles, leurs affaires tiennent dans une sorte de petit traîneau et chacun a sa paire de raquettes traditionnelles. Ils passeront la nuit dans des “refuges” et espèrent rejoindre Whapmagoostui en 2 jours (il faudra beaucoup marcher !) Toute la communauté est là pour leur dire au revoir, c’est un grand moment !

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Dans la journée, les jeunes et ceux qui veulent participer apprennent auprès des anciens. Ce jour là c’est la confection de raquettes traditionnelles qui est au programme. Traditionnellement ce sont les femmes qui fabriquent l’armature extérieure et les hommes qui s’occupent du laçage au centre de la raquette. Le laçage est fait à partir de la peau du caribou qu’il faut épiler au préalable. Caroline essaie, il faut éviter de faire des trous dans la peau, en bref c’est tout un savoir transmis de générations en générations.

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Du côté des castors on s’active sous les tentes, plusieurs spécimens ont été attrapés et il faut ôter la peau, vider les bêtes et faire sécher les peaux de façon traditionnelle. L’odeur qui règne dans la tente est sanguine, Jérôme qui n’est pas spécialement amateur de ce genre de spectacle ne s’approche pas. Moi par contre j’observe, je touche la queue de la bête, c’est la première fois que j’en vois un.

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La peau de l’animal, quant à elle, est tendue à des branches d’épinettes attachées en cercle et laissée ainsi pendant plusieurs jours. Celle qui sèche plus bas est particulièrement grande …

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Le dernier jour, Jérôme et Caroline accompagnent un couple de chasseurs. C’est l’occasion ou jamais de voir un troupeau de caribous. 30 minutes de skidoo sont nécessaires pour se rendre sur le lieu, une cinquantaine de bêtes sont là, tranquilles. Puis un coup part, un autre … elles ne sont pas très effrayées et 3 d’entre elles sont touchées. De jeunes mâles ont donc été prélevés sur le troupeau. Les Cree ne chassent jamais plus que nécessaire, c’est la règle de base.

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Le dernier soir, un festin est prévu. Tout le monde est invité et quand on parle de festin Cree, on parle de nourriture du bois agrémentée d’un ou deux gâteaux trop sucrés. Notre assiette déborde donc de viande de castor et de caribou mais aussi de pain traditionnel, la bannick. On mange par terre, sur les épinettes qui tapissent le sol et délivrent par la même occasion leur délicate odeur. Toutes les générations sont là, les jeunes et les moins jeunes, 4 générations qui communiquent, se regardent, échangent. On se pose beaucoup de questions quant à la façon dont les générations entretiennent des liens entre elles dans les pays occidentaux. Il règne à ce moment là une telle harmonie que nous nous demandons si nous avons déjà ressenti ça, de manière aussi forte, auprès des nôtres. Cette soirée reste pour nous une belle leçon de vie.

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Ce que nous retenons de ce regroupement, Cree et blancs confondus, c’est que la relation à la nature est nécessaire. Pour les Cree, porter des mocassins et sentir la terre sous les pieds, être entourés d’arbres, partir chasser pour nourrir les siens sont les éléments les plus importants de leur vie. Et si Whapmagoostui n’est pas une mégalopole, ça ne les empêche pas de ressentir un vide lorsqu’ils se trouvent dans le village. Dans le bois, les gens semblent plus détendus. Pour nous les blancs, c’est surtout la relation que les jeunes et les anciens entretiennent qui nous a marqués. Sans les connaissances des “elders”, impossible de fabriquer des raquettes de neige, de confectionner des mocassins en peau de caribou, de chasser “dans les règles de l’art” le caribou, l’oie, le castor … On comprend ainsi leur besoin de quitter le village à chaque fin de semaine et chercher/retrouver leurs racines profondes dans leur environnement direct.

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Quand les Cree cherchent la faune et la flore, nous, nous cherchons à grimper (notre côté montagnard sans doute), marcher, découvrir le paysage, et trouvons le bonheur ici :

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La vie dans le bois c’est aussi couper du bois !

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