Immersion dans la langue autochtone Chinuk Wawa

Immersion dans la langue autochtone Chinuk Wawa

Lors de la préparation de mon voyage à vélo, je savais que je voulais me confronter à la réalité autochtone aux Etats-Unis. Mais lorsqu’on ne connaît personne, il n’est pas facile de savoir où chercher ni même par où commencer. L’hiver dernier, j’ai trouvé par hasard le profil de Crystal Starr Szczepanski sur le réseau social professionnel Linkedin. Sur sa photo, elle arborait les vêtements traditionnels de danse des Premières Nations de l’Alaska. J’ai pris contact avec elle en lui expliquant mon projet et mon souhait de faire une entrevue. En effet, native de l’Alaska, elle réside et travaille aujourd’hui dans la réserve indienne de Grand Ronde dans l’état de l’Oregon. Sa réponse enthousiaste et positive a marqué le début d’une amitié entre nous deux.

C’est donc par une journée pluvieuse d’automne que nous sommes arrivés à vélo dans la réserve de Grand Ronde, à une quarantaine de kilomètres de la côte Pacifique. Accueillis comme des amis à son domicile, nous avons partagé notre premier repas au restaurant du casino de la communauté.

Faire revivre la langue à travers un programme d’immersion

D’ascendance Athabascane, Yupik et Colville, Crystal Starr Szczepanski est professeur de langue Chinuk Wawa dans le programme d’immersion au sein de Grand Ronde depuis avril 2004. Il lui a fallu plusieurs années pour se sentir vraiment bilingue: « Encore aujourd’hui j’apprends tous les jours » avoue-t-elle dans un large sourire. Diplômée au sein de l’état de l’Oregon, elle est habilitée à enseigner la langue de la maternelle au grade 12. Chinuk signifie « le peuple » et Wawa désigne « le language ». Cette langue fut très utilisée pendant la traite des fourrures et lors des échanges entre communautés autochtones, coureurs des bois francophones et marchands anglophones. D’ailleurs certains mots ont été empruntés au français et demeurent aujourd’hui dans le language parlé comme la langue (l’organe) qui se dit et s’écrit « lalang » ou la tête qui s’écrit « latet ». Même si le programme est populaire aujourd’hui, peu de personnes aînées le parlent couramment. Malheureusement, parler une langue autochtone a été mal vu pendant très longtemps et associé à un sentiment de honte. Mais Mme Starr Szczepanski est confiante et montre aujourd’hui aux enfants qu’il est possible de parler et de vivre à travers leur propre language: « Lorsqu’un enfant parle en Chinuk, c’est la voix de nos ancêtres que nous entendons » explique-t-elle.

Retrouver la fierté dans le language parlé 

Inspirée par le modèle existant sur l’île de Hawaï qui a crée son propre programme d’immersion il y a plus de 14 ans, la communauté de Grand Ronde a construit et modelé un programme d’immersion en Chinuk Wawa répondant aux besoins des enfants tout en impliquant les parents dans le processus. En effet, le contrat que les parents doivent signer au début de l’année scolaire stipule que l’enrôlement ne concerne pas un individu mais une famille entière: « Si les parents et les membres de la famille s’investissent dans l’apprentissage de l’enfant, celui-ci développera une plus grande confiance en soi (…) ». L’implication des parents est donc primordiale car l’idée est que l’apprentissage du language, se poursuivant au sein du foyer familiale, rend la langue plus vivante et forte que jamais. Le concept propose donc d’immerger les jeunes dès la maternelle jusqu’à l’âge d’entrée à l’université. « Nous enseignons tous les domaines et nous nous immergeons complètement dans la langue » précise Mme Starr Szczepanski. Finalement l’apprentissage en Chinuk Wawa permet aux enfants et membres de la communauté de restaurer une partie de leur patrimoine qui a été presque totalement oublié. Les valeurs et traditions des personnes aînées sont ainsi revitalisées à travers la langue. L’objectif étant de montrer que la fierté et la force des membres de Grand Ronde sont reflétées dans leur capacité à parler en Chinuk Wawa au quotidien.

Ma fille Joséphine a donc eu la chance de participer à une session avec des enfants de son âge et a ainsi travaillé pendant une heure sur les 4 saisons à travers l’écriture associée au dessin. En groupe de 5, les enfants ont l’opportunité de parler plus facilement grâce à la proximité et favorise ainsi l’échange et l’apprentissage avec le professeur mais aussi avec les autres élèves.

 

Des livres qui ont parsemé notre route (voyage entre les lignes)

Des livres qui ont parsemé notre route (voyage entre les lignes)

J’adore faire du vélo mais j’adore aussi lire. Je dois dire que depuis notre départ il y a 4 mois, des livres sont apparus sur notre route. Pas par hasard j’en suis sure. Et le voyage, le fait de se sentir en mouvement, en vie, de s’interroger et de réfléchir au contact des autres, passe aussi par la lecture.

Depuis le Yukon, nos lectures nous ont emmené encore plus loin, dans l’ailleurs et l’inconnu. En me plongeant dans ces pages, je me suis mise à penser à d’autres voyages, à d’autres destinations. C’est aussi pour ça que j’aime tant les livres, par leur capacité à nous transporter dans une autre dimension, le voyage peut être immobile aussi !

Voici donc une petite liste de nos lectures, j’espère qu’elle vous inspirera autant et qu’elle vous procurera tout le plaisir que nous avons eu à nous plonger dans l’univers des mots, des verbes et des figures de style en mode nomade …

 

Oregon

Oregon

Astoria

Portland

Grande Ronde

Lincoln City

Waldport

Eugene

Roseburg

Bandon

Brookings

Nous avons passé plus de 1 mois et demi dans l’Oregon, pour quelques 1000 kilomètres à peu près.

Je vais commencer le coté pile et les difficultés comme ca c’est fait : Le traffic était pas bon sur la route côtière, beaucoup trop de voitures, pick-up et caravanes géantes, qui roulent généralement trop vite. Pour le reste une bande cyclable qui nous joue des tours en disparaissant subitement ou en étant jonchée de bêtes mortes (jusqu’à cerf quand meme), clous, verre cassé, etc…

Coté face c’est indéniablement l’hospitalité des gens de la campagne : On a choisi que des routes très peu empruntées, donc pas de touristes et pas de camping. On a apprit à toquer à la porte des gens, se recoiffer, enlever la boue dans le visage de Joséphine, et poser la question brulante à la personne qui nous ouvre la porte : peut on camper dans votre jardin ? 9 fois sur 10 ca n’a posé aucun problème, nos hôtes on alors partagés leurs repas, maison, commentaires sur les routes à prendre, etc.

Notre choix se porte en premier sur des maisons avec jardin bien achalandé, des poules, une petite voiture garée dans la cour. Notre carte secrète étant Joséphine qui a appris a bondir de la charrette au bon moment, quand la discussion devient trop longue ou qu’elle dévié vers un ” je crois qu’il y a un camping 10 kilometres plus loin”.

Coté paysage aussi on a été servi : j’ai adore l’intérieur des terres : agricole, des collines, temps très doux et gens adorables.

Consultez la section photo ou visionnez la coutre vidéo plus bas.

 

Une bibliothèque atypique à Grand Ronde

Une bibliothèque atypique à Grand Ronde

En arrivant à Grand Ronde le lundi 14 septembre 2015, on a découvert une bibliothèque ouverte uniquement le lundi après-midi. On est chanceux d’arriver au bon endroit au bon moment. En entrant dans la petite pièce qui regorge de livres du sol au plafond, une dame qui dit avoir des ancêtres français nous joue un air Irlandais au violon. Elle porte un tee-shirt noir à l’effigie de John Lennon et un chapeau. Cet endroit est donc plus qu’une bibliothèque, c’est aussi un point de rencontre où les livres vibrent au rythme des mélodies jouées …

Puis la dame bénévole âgée de 73 ans qui ouvre la bibliothèque une fois par semaine me tend un livre et me dit qu’elle l’a trouvé par hasard le jour même. C’est “Capitaine Fracasse” Volume 2 de Théophile Gauthier en français. Je suis très surprise qu’un tel livre se retrouve entre mes mains, dans la réserve de Grand Ronde.

Amelie Redman qui a vécu de nombreuses années en Alaska, s’occupe bénévolement de la bibliothèque depuis 2 ans. Ouverte en 1958, le premier livre a été emprunté par Harriett House le 15 octobre 1958. Tous les noms des lecteurs et lectrices est noté dans un cahier jaune à spirales qui est encore utilisé aujourd’hui puisqu’il reste des pages blanches …

Ce genre d’endroit me fait rêver, il y a tant d’histoires entre ces 4 murs que je pourrai passer des heures à regarder les livres, en prendre un au hasard, l’ouvrir et lire un passage. Le voyage n’est pas seulement dans les kilomètres parcourus à deux roues, il peut être aussi derrière une porte, entre deux pages d’un livre qui n’a peut-être pas été ouvert depuis les années 1950. Qui sait, le mystère reste entier et c’est lui aussi qui permet à mon esprit de s’envoler loin dans l’espace et le temps, bref de voyager !

 

Quand les tensions débordent

Quand les tensions débordent

Pendant les préparatifs de notre voyage, nous avions beaucoup entendu “Vous allez voir vous allez adorer l’Oregon et la côte …” A force d’entendre ce genre de message, mon imaginaire avait pris le dessus (trop peut-être) et j’avais dans l’idée que cet état de l’Ouest était facile et agréable à pédaler pour les cyclistes que nous sommes. Quand je dis facile, je ne parle pas du dénivelé qui ne me fait pas peur de toute façon mais plutôt des sensations de bien-être que cela devait nous apporter.

Je dois dire que la déception a été à la hauteur de mes attentes. En effet, la fameuse route 101 qui longe la côte Pacifique est tout sauf agréable. En ce temps de l’année (c’est à dire fin Septembre) la circulation est monstre ( 2000 véhicules par heure sur les portions les moins empruntées), elle pue littéralement les pots d’échappement forcément. Et elle est bruyante aussi … Alors je me demande encore aujourd’hui comment une route pareille a pu être classée route de vélo. Je me demande également comment les cyclos (elle est pourtant très populaire chez les voyageurs à 2 roues) peuvent profiter du paysage dans de telles conditions.

Devant tant de déconvenues, nous avons revu nos plans et décidé de retourner dans l’intérieur des terres, à la recherche de routes moins fréquentées et plus sauvages. Le pire restait à venir … à la campagne, le danger vient des autres, et des automobilistes aux habitudes de conduite déplorables. Plusieurs personnes du coin nous ont même avoué qu’en général les gens étaient impolis au volant (c’est pas nous qui le disons !)

Le moment de communion totale avec la route, l’environnement et le paysage; le moment où on décroche presque parce que notre esprit s’est envolé au rythme des coups de pédale n’est pas (encore) arrivé dans l’état de l’Oregon.

Sur la route entre Monroe (qui ne ressemble ni de près ni de loin à Marilyn) et Veneta, la tension est montée d’un cran. Les conducteurs nous doublant par la voie de gauche ne vérifient pas si un véhicule arrive en sens inverse et forcent donc ces conducteurs à freiner. On frôle l’accident à deux reprises dans la même journée.

Et cerise sur le gâteau, ils n’hésitent pas à m’envoyer des messages d’encouragement tels que “Dégage de la route” ou “Ce n’est pas une route à vélo” … Je n’en suis pas fière mais à chaque fois que ça arrive, je ne peux pas m’empêcher de leur répondre par un doigt d’honneur. Et si je n’étais pas à vélo je leur aurai fait un geste encore plus délicat et raffiné: un bras d’honneur. Mais la sécurité prime avant tout et je préfère garder une main sur mon guidon.

Ce voyage me rendrait-il vulgaire et violente ? Je ne l’espère pas mais il y a une chose dont je suis sûre c’est que je ne suis pas zen sur la route.

Pour palier à cette situation déplorable, nous sommes en pleine réflexion sur l’itinéraire de nos prochaines semaines. Peut-être qu’au milieu de la montagne, en altitude, la tranquillité d’esprit et de corps reprendra le dessus. Car le but de ce voyage n’était décidément pas de s’énerver quotidiennement. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre sur les autres et sur moi-même.

 

Edit de Jérôme : Voila les propos en video … Merci Henry Dès

 

Que mange-t-on quand on voyage a vélo ?

Que mange-t-on quand on voyage a vélo ?

Beaucoup de gens nous demandent ce que l’on mange en voyage, on a donc ouverts nos sacoches pour vous !

Dans la liste des petits plaisirs des cyclistes que nous sommes vient “faire du vélo dans contre le vent” et “faire du vélo sous la pluie” et “manger”.

On essaie de privilegier la dernière, et de la faire aussi appétissante que possible.

Coté épiceries, nous sommes choyés pour le moment : on évite les grosses chaines de supermarchés (que l’on déteste), on trouve des producteurs locaux, des magasins de bobos-bio-fancy, on est hébergés par des agriculteurs, ou encore on cueille pommes, poires, prunes, raisins, noix et noisettes. On a longé des champs de citrouilles mais on a pas osé en ramasser …

Les gens que l’on rencontre cuisinent tous très bien :  on a pu gouter des choses incroyablement bonnes telles que des pancakes aux épinard, des petits déjeuners avec toutes sortes de légumes, fruits et viandes, sans oublier le bon vieux délicieux burger des diners.

Quand nous sommes en camping, nous avons toute notre popote pour cuisiner, le plat de base reste invariablement les pates ou le riz, ou la soupe. On agrémente avec des légumes trouvés sur le bord de la route (des délicieuses tomates pour le moment). Le miel, confiture ou nutella reste la bonne surprise du chef.

Pour le midi c’est plus léger, heureusement on a presque toujours nos graines germées de Alfafa qui lorsqu’elles sont ajoutées aux sandwich de thon-avocat-tomates deviennent un vrai délice !

Notre appétit a bien doublé depuis le départ, et oui, je perds mes pantalons maintenant…

Quand on rejoint une ville on s’empresse d’acheter des produits gras et frais : beurre, glaces, lait entier, voir de la creme fraiche et du yaourt dans les céréales, etc. On fuit le 0% comme la peste !

Le reste du repas en images !

PS : voici un livre qui donne de bonnes idées, leur esprit de voyage est super aussi :

Jérôme

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