La Yukon Quest 2012
L'hiver plutôt clément jusqu'à maintenant nous a rappelé qu'il est seul maître à bord. En effet, nous avons eu la chance de goûter à des températures aussi basses que -40 degrés. S'habiller par ce froid de canard est un peu plus long, surtout Joséphine qui ne laisse aucune partie de son visage visible. Le froid rend le paysage irréel enveloppé dans la brume, la rivière Yukon qui continue son chemin renvoie des vapeurs, le soleil est voilé, tout est bleu autour de nous, on se croirait en plein rêve ! Mais non, le froid mordant nous rappelle à l'ordre, ce spectacle véritablement magique est bien réel ... Tout est complètement figé et ce silence si particulier est bien le son du froid, à 60 degrés Nord.
La nuit, le spectacle continue alors que les aurores boréales, telles un rideau qui danse au gré d'une légère brise, se déplace, change parfois la teinte de ses couleurs. Décidément je ne me lasserai jamais de cette beauté céleste. Parfois, l'aurore me semble si proche que je lève la main pour espérer l'effleurer: un instant d'éternité.
Mais hiver et froid riment aussi avec chien de traîneau car cette année, la Yukon Quest termine sa route au coeur de Whitehorse. L'idée de cette course a germé à Fairbanks en Alaska en 1983, alors que l'historien Roger Williams et le musheur Leroy Shank imaginaient une course de 1000 miles (1610 kms). Un an plus tard, le premier départ de la légendaire Yukon Quest avait lieu, et depuis cette date, 413 musheurs ont pris le départ ... Le tracé de la course suit la route historique des lignes de trappe des premières nations, des déplacements des chercheurs d'or et la livraison du courrier au début du XXème siècle qui avait lieu en ... traîneau à chiens bien-sûr !
L'arrivée d'un musheur et de son attelage est toujours accompagné des cris et des applaudissements des spectateurs. A peine passée la ligne d'arrivée, une horde de journalistes entourent le "héros", c'est l'occasion pour les spectateurs d'observer les chiens qui se reposent un instant. Puis le traîneau se dirige en bout de route où les chiens sont nourris, certains se font masser ou inspecter les pattes. Le musheur en général retrouve son équipe et ses amis, il savoure une bonne bière, récompense de 9 jours de camping avec ses chiens où le sommeil tient une place minimale ... La fatigue se lit sur les traits du visage mais le soulagement d'avoir fini et de célébrer des retrouvailles l'emporte.
Je me suis découvert une passion pour cette course et l'envie de faire un tour en chiens de traîneau est maintenant installée, il ne me reste plus qu'à trouver l'attelage !
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Colombie Britannique: belle et sauvage
Après l'afflux des camping-cars et autres véhicules récréatifs des Rocheuses, nous trouvons un peu de tranquillité à Golden et Revelstoke. Les librairies, cafés ne manquent pas, l'ambiance est agréable malgré la pluie. On mange la meilleure baguette du pays dans la boulangerie "La baguette" à Revelstoke. On se détend dans la piscine d'eau salée et chauffée, une pause en vélo nous permet d'admirer le paysage et d'imaginer le sommet des montagnes embrumées.
Puis on trouve beaucoup de grillons et de chaleur dans la région d'Okanagan, véritable jardin fruitier de la province. A Vernon, Joséphine tente une cascade dans la voiture à 21 heures. Elle se fait mal au bras (ou à l'épaule on ne sait pas), direction les urgences. On met 1/2 heure à retrouver sa carte d'assurance santé qui était au fin fond de la valise, au fin fond du coffre ! Finalement après deux radios, on a la certitude que rien n'est cassé. Le coude s'est démis et remis tout seul: ah la souplesse à cet âge ! Retour à 1 heure du matin au camping.
Vancouver se fait attendre, 40 km avant de rejoindre la ville, nous sommes déjà coincés dans les bouchons !! On est samedi, il est 15 heures. Comme à notre habitude, nous arrivons les mains dans les poches. Sans réservation il s'avère difficile de trouver une auberge ou un hôtel. Après 1 heure de recherches un nid est déniché, ce nid nous offre une superbe vue sur les buildings vitrés du centre-ville. Vancouver est très agréable et nous la découvrons en vélo entre les plages et le parc Stanley, le port et le marché de Granville. Vancouver = coup de coeur !
Deux heures de traversée en ferry et nous posons le pied sur l'île de Vancouver, plutôt sauvage au Nord. Campbell river et Port Hardy nous offrent le spectacle des lapins et aigles chauves. Le 1er septembre, nous nous levons avant l'aube afin de prendre un ferry (encore) et quelle traversée ... !! Inside Passage nous fait cadeau du spectacle des orques qui nagent dans le sillon du mastodonte, du phoque curieux qui vient voir qui est présent aujourd'hui sur le bateau ou des sauts plein d'énergie des saumons. La faune abonde dans les fjords de la côte nord Pacifique, pour notre plus grand plaisir.
Nous débarquons à Prince Rupert, il est minuit, le ciel est bas, la température plutôt fraîche. Prince Rupert, ville de 15 000 habitants, est tranquille, les communautés blanche anglophone, asiatique et amérindienne se côtoient. Nous sympathisons avec un couple allemand et leur bébé Jo (8 mois), nous les retrouverons à 2 reprises le long de la route du Nord: quand le hasard fait bien les choses.
Plus nous montons, plus le ciel s'obscurcit, plus les villages se font rares à l'inverse des ours noirs qui sont presque nombreux au bord de la route. Moi qui appréhendais une rencontre j'ai été gâtée: un soir, alors que nous dégustons du saumon sur une table de camping, je vois une énorme masse noire sortir de la forêt à 30 mètres de moi. Dans la précipitation, je crie BEER (bière) au lieu de BEAR (ours), les voisins ont dû croire que je les invitais à un apéro improvisé ... ! Finalement le plantigrade, dans une démarche de gros nounours, s'éloigne tranquillement.
La route nous rapproche non seulement du Yukon mais aussi de l'automne. Le jaune domine, le vent est plus frais et les nuits humides se succèdent ...
Alberta entre la ville et les montagnes
En Alberta, nous faisons une pause de plusieurs jours chez nos amis français: c'est l'occasion pour nous de discuter en français autour des repas merveilleux cuisinés par Laurence et Philippe (Merci à tous les 2 d'avoir autant gâté nos papilles ! ). Tartes flambées, ratatouilles ou feuilletés font notre bonheur autour de la table très animée par les enfants ... Malgré son statut de capitale de l'Alberta, Edmonton est une ville plutôt tranquille où il est facile de se balader à vélo au bord de la rivière Saskatchewan.
Le lendemain des 2 ans de Joséphine (anniversaire plutôt arrosé pour moi ...) nous reprenons la route vers Jasper et les Rocheuses. Le temps est gris et pluvieux mais la silhouette des montagnes, les sommets embrumés donne une allure Ecossaise à l'endroit. A Jasper nous rallions en vélo ( 44 km aller/retour ) le lac Maligne au lac Medecine. C'est tellement plus agréable de découvrir les lieux à vélo, ça nous permet aussi d'observer une biche au bord de la route. Un panneau indique " Animaux sauvages, ne quittez pas votre véhicule ! ". Et à vélo qu'est ce qu'il faut faire ? Pédaler plus vite ??
Dans le coin de Louise Lake, nous randonnons jusqu'au lac Consolation. Le chemin passe sur le territoire d'un grizzli et de ses 2 oursons, il faut marcher en groupe de 4. Nous atteignons le lac accompagnés d'une famille Allemande et nous faisons le retour en compagnie d'une famille Japonaise. Le panorama est vraiment chouette surtout lorsque l'on prend un peu de hauteur sur le pierrier.
Le soir, nous sommes à la recherche d'un bel endroit pour manger, nous tentons sans succès la route Sunshine vers Banff, en redescendant on est vraiment chanceux de céder le passage à 2 oursons.
Malgré la beauté des lieux, les Rocheuses sont un peu trop touristiques pour nous et notre route est encore longue jusqu'à l'océan Pacifique. Après 6 jours dans le parc, nous reprenons notre destination du soleil couchant. C'est sous la pluie que nous nous dirigeons vers le Mont Revelstoke.
Saskatchewan ou le pays du ciel infini
L'image que nous avons du Saskatchewan est d'une platitude sans fin: champs de blé à perte de vue et rien d'autre. Quelle erreur de penser qu'il n'y a que ça dans la province. Je m'émerveille devant le jaune, le vert et les fleurs des champs. Le ciel nous offre un spectacle inattendu, des nuages de toutes les formes, des teintes de gris insoupçonnés ... Vraiment le Saskatchewan nous étonne par la beauté des paysages. Et bien souvent, c'est lorsque l'on attend rien de spécial d'un endroit qu'on est le plus surpris.
A Melfort, petit ville de 6000 habitants, nous tombons en panne. La courroie de distribution lâche, Jérôme n'a plus de direction ni de freins. On est samedi, 17 heures, presque personne sur la route. On est chanceux, Jérôme parvient à arrêter le véhicule entre la route et un champs de colza. Alors que Jérôme disparaît sous le capot, une dame retraitée de l'armée nous propose de nous accompagner en ville. On accepte son offre car il y a quand même plus de 2 kilomètres à parcourir (avec Joséphine et quelques affaires sur le dos: quelle drôle de famille !! ). Nous attendons une dépanneuse dans une station essence. Le gérant de la station nous offre un chocolat. Puis la dépanneuse arrive, le gars nous emmène jusqu'au van, le remorque rapidement et nous propose de montrer le véhicule à un ami mécano. Verdict: la courroie est morte mais heureusement ni le moteur ni la batterie n'ont claqué !! Le lendemain Jérôme achète une nouvelle courroie au Canadian Tire et retrouve le mécano qui la change en 5 minutes. Combien on vous doit ? Faites un bon voyage. Merci mais combien on vous doit ? Rien, vous êtes un jeune couple sympathique !!!!! Nous avons remercié notre sauveur du jour (Hughes) autour d'un club sandwich et d'un café du Tim Horton.
Je n'y croyais plus mais finalement nous arrivons à temps au pow wow de la nation Cree de Muskoday. Une cérémonie d'ouverture au pied d'un totem a lieu lorsque nous découvrons le site. 3 tipis accueillent les visiteurs, un tambour et 6 chanteurs. C'est mon premier pow wow, je frissonne de plaisir en entendant le son du tambour, véritable battement de coeur de la Terre Mère. Puis les participants de tous les âges, hommes dans des tenues colorées, plumes, tomahawks et tambours à la main. Les femmes en "jingle dress", tresses et plumes dans les cheveux. Toujours au son du tambour, ils tournent dans le sens des aiguilles d'une montre autour du totem, chacun a son propre pas de danse. C'est coloré, c'est vivant, c'est vibrant.
http://www.muskoday.ca/
Friendly Manitoba
Nous n'avons pas tout a fait quitte l'Ontario mais une pause a Kenora nous fait realiser que nous approchons des prairies, du petrole et des cow-boy ! A 14 kms du Manitoba on croise Ronald Mc Donald sur la route dans une voiture en carton, perruque rouge, nez rouge et face toute blanche...
1er camping 3x moins cher qu'en Ontario, des gens tres sympa, des francophones du Manitoba, il parait qui'il y a une grande communauté, ainsi que des Ukrainiens !
Nous passons 2 jours à Winnipeg, 2eme ville francophone du continent après Montréal. Nous déambulons toute la journée en vélo dans les rues du centre ville, au lieu symbolique de la Fourche ( rencontre des rivières Assiniboine et Rouge). C'est à la Fourche qu'est né la province du Manitoba sous l'impulsion du Métis Louis Riel. Visite rapide du quartier francophone de St Boniface, et malgré nos recherches, nous n'avons pas trouvé de boulangerie ... le pain au chocolat et l'expresso ça sera pour une prochaine fois. La ville, bien que ce soit une capitale, est plutôt agréable et tranquille. Une forte présence autochtone nous rappelle que nous sommes dans les plaines, berceau des Cree, Saulteux et Ojibway.
A Winnipeg, nous trouvons aussi le moyen de nous enfermer à l'extérieur ( quand on a pas de tête, on a ... un minimum d'adresse ! ). Il nous faut pas moins d'une demi heure pour entrouvrir un fenêtre et parvenir à ouvrir le coffre en appuyant sur le bouton à l'aide d'une barre de fer trouvée par terre ...
Sur les plaques d'immatriculation, on peut lire "Friendly Manitoba", et c'est vrai. Nous avons rencontré des gens adorables francophones et anglophones confondus. Tant à la campagne qu'en ville, le contact nous semble plus facile et naturel qu'en Ontario. Nous rencontrons notamment Irène, une francophone qui est tellement contente de nous parler en français qu'elle a les larmes aux yeux au moment de nous quitter !
