Avant, Pendant et Après (impressions nomades entre Guadalajara et Morelia)

Avant, Pendant et Après (impressions nomades entre Guadalajara et Morelia)

Je dois dire que l’état du Michoacan, malgré l’accident de la route a été une belle surprise ! En effet, de Guadalajara à Morelia, on a trouvé des petites routes presque désertes, des gens souriants et accueillants. Un paysage de montagnes, des champs, la campagne avec ses chevaux, ses vaches. Des villages avec leurs églises, leur place centrale et les abarrotes (petit magasin style épicerie où on trouve tout ce dont le cycliste a besoin) qui nous ont facilité la vie. J’ai beaucoup aimé discuter au coin de la rue avec les gens. On a noué des relations fortes avec les Mexicains, et après l’accident, j’ai eu des visites, du réconfort, du soutien et des marques profondes d’amitié.

Du Mexique, ce qui m’a profondément touché c’est son peuple qui a le coeur sur la main, qui nous a ouvert la porte de sa maison comme si nous étions des membres de la famille. Plus que les attractions touristiques, le Mexique vaut le détour pour la gentillesse et l’hospitalité des Mexicains.

Retour sur les semaines passées entre Guadalajara (état de Jalisco) et Morelia (état de Michoacan):

Samedi 20 février 2016: Nous avons passé 2 jours superbes dans le ranch “El Descanso” en compagnie de Florentino et Gabriela. Là-bas, je me suis sentie en dehors du temps et de l’espace. Des paons en liberté font la roue, des chevaux qui dansent répètent leur chorégraphie avec leur cavalier. Trois amis de Tino sont arrivés dans la soirée avec leurs violon, flûte et clavier. Décidément, ces derniers temps nous ne rencontrons que des gens talentueux !

Mardi 23 février 2016: On prolonge notre séjour d’une journée chez Eduardo à Ajijic. On se sent tellement bien chez lui … Il nous invite à déguster un petit-déjeuner local en ville. Puis nous marchons sur un sentier de montagne qui surplombe la ville et surtout le superbe lac de Chapala. On parle de spiritualité, notre conversation en espagnol n’a jamais atteint un niveau aussi élevé 🙂

Jeudi 25 février 2016: Il y a pleins d’oiseaux, notamment migrateurs, sur le lac Chapala; pour mon plus grand bonheur. Hier soir, Juana nous accueilli chez elle. On passe la nuit au-dessus de l’étable où dorment ses 15 chèvres. Le lendemain nous entamons la journée avec  du lait de chèvre, le verre directement sous le pis …

Lundi 29 février 2016: Dans le parc national de Camecuaro c’est la fête ! Les gens viennent  plus pour manger et boire que de profiter de la nature. On découvre les mariachis, pour une centaine de pesos, ils jouent aux tables des restaurants et improvisent fête où les gens dansent volontiers …. On plante la tente, à côté de l’un des restaurants du parc. Un véhicule de la sécurité veille toute la nuit.

Jeudi 3 mars 2016: On a grimpé, grimpé, grimpé jusqu’à 2500 mètres. Le temps était couvert mais les montagnes aux sommets arrondis et couvertes d’arbres ont enchanté notre regard. Quelques lupins au bord de la route, la dernière fois que j’en ai vu c’était dans le Yukon.On campe sur le terrain de basket du village La Zarzamora (La fraise). On avait demandé l’autorisation de camper à côté de l’église. Finalement c’est une délégation de 2 hommes, 3 femmes et quelques gamins qui se présente à nous et nous propose le terrain de basket. L’église est précieuse et ils préfèrent que nous dormions au centre du village.  Les habitants vont chercher du bois de chauffage dans la foret. Ils redescendent à pied avec les fagots sur le dos.

Samedi 5 mars 2016: Patzcuaro est une très belle ville en rouge et blanc. L’architecture des maisons nous rappelle un peu la ville de Cusco au Pérou. On découvre un lieu dédié à l’art et à la culture crée il y a 2 ans par un groupe d’amis Mexicains et Français. On se verrait bien vivre ici …

Mercredi 9 mars 2016: Beaucoup de pluie aujourd’hui. Un arc en ciel nous accompagne jusqu’à notre arrivée à Morelia, capitale de l’état du Michoacan.

Dimanche 20 mars 2016 ( La dernière fois que j’avais écris dans mon carnet de voyage, c’était le jeudi 10 mars, 2 jours avant l’accident): Samedi dernier, je me suis fait renverser par une voiture roulant aussi vite que la mort sur la route 15 menant à Ciudad Hidalgo. La journée avait pourtant été bonne, le panorama sur les montagnes enchanteur. J’observe un colibri qui se nourrit frénétiquement dans le coeur d’une fleur qui ressemble à un chardon. Çe sera mon dernier souvenir délicat et sucré de ce voyage en vélo sur les routes du Michoacan. 2 heures plus tard, je terminais ma course sur un lit d’épines de pin, frappée de plein fouet dans ma quête de liberté à deux roues. J’ai survécu à l’accident, moralement et physiquement. Et il m’en faut bien plus pour me faire renoncer à mes rêves. Cependant, mes projets en terre Mexicaine sont mis entre parenthèse.

Dimanche 27 mars 2016: Ma tête s’envole vers de nouvelles terres, de nouvelles rencontres

 

La poterie Ibarra: une tradition familiale

La poterie Ibarra: une tradition familiale

Voici mon dernier article paru dans les colonnes de l’Aurore Boréale au mois de Février 2016 au sujet d’une belle rencontre avec la famille de potiers Ibarra dans la ville de La Paz en Baja California. Bonne lecture !

“Une semaine avant notre arrivée à La Paz, capitale de l’état de Basse Californie du sud, j’avais réussi à me procurer un plan de la ville. En regardant de plus près, un nom attire mon attention. En effet, sur la rue Prieto, il y a une poterie qui s’appelle Ibarra. Ainsi un samedi ensoleillé je me présente à vélo sur le site pour ma première entrevue en espagnol. L’endroit est très agréable, la douce mélodie de l’eau d’une fontaine au fond de la cour accompagne la musique qui fait partie du quotidien au Mexique. Je suis accueillie par Virginia Ibarra Chavez, l’une des filles de Julio Ibarra qui créa la poterie il y a plus de 60 ans.

La céramique est un art majeur pratiqué depuis des millénaires au Mexique et dans la famille de Mr Ibarra, on est potier de génération en génération. C’est une tradition familiale de très longue date. A l’école nationale de San Carlos de la ville de Mexico où Mr Ibarra perfectionne son art, il rencontre Juanita Chavez qui étudie elle aussi la peinture et la sculpture. Ils se marient et créent en 1952 leur poterie dans la capitale mexicaine. Puis en 1985, ils décident de déménager à La Paz où une partie de leur famille habite déjà.

Un endroit unique

Après le décès de Mr Ibarra il y a un an, sa fille Virginia Ibarra Chavez a repris les choses en main et après une période un peu difficile, l’atelier a rouvert ses portes au mois d’octobre 2015. L’argile utilisé vient de l’état de Oaxaca dans le sud du Mexique. En effet, d’une grande finesse, il est plus facile à travailler que l’argile local qui présente plus d’impuretés. Il est aussi plus résistant et les couleurs ne s’effacent jamais. Quant à la peinture, elle est faite à partir d’eau et de poudre minérale mais l’ingrédient qui fait toute la différence est la joie que les artisans expriment dans chacune de leurs créations. En effet, Mme Ibarra Chavez me parle dès les premières minutes de notre rencontre, du bonheur et du bien-être que l’artiste doit ressentir : «Nous écoutons de la musique en travaillant car ça nous rend heureux et lorsque nous sommes contents nous fabriquons de belles poteries.» Pourtant, chacun des membres de la famille a une profession. Mais passer d’un bureau de comptable à une table d’atelier de poterie est naturel pour Mme Ibarra Chavez qui consacre une partie de son emploi du temps à la pérennité de la poterie familiale: «Nous sommes nés dans la céramique. Lorsque nous étions enfants et que nos parents travaillaient dans l’atelier, ils nous prenaient sur leurs genoux. Ainsi nous l’avons toujours connu et nous avons décidé de continuer le travail» explique-t-elle.

Trois générations, une même passion

Juanita Chavez décore ses poteries avec une grande dextérité. Travaillant à côté de l’une de ses filles, elle manie le pinceau et orne patiemment de multiples couleurs et formes géométriques une assiette. Daniel C. Chavez, un neveu est à l’autre bout de l’atelier et confectionne de petites assiettes. La tradition familiale est très forte et j’ai le sentiment que toute la famille est soudée autour de la céramique qui leur rappelle leur père aujourd’hui disparu. Cinq personnes travaillent dans l’atelier et chacun a son propre style faisant de chacune de leur création faite à la main une pièce entièrement unique. Les touristes se rendent régulièrement dans l’atelier où des pièces sont également en vente: de la tasse à l’assiette en passant par des éléments de décoration murale. Certaines pièces nécessitent même jusqu’à 4 semaines pour être conçues, « nous ne pouvons pas produire rapidement car tout est fait à la main. » précise Mme Chavez dans un large sourire.”

 

Page Facebook de la poterie: https://www.facebook.com/Ibarras-Pottery-202820266485302/?fref=ts

Pour voir l’article sur le site du journal: http://auroreboreale.ca/la-poterie-ibarra-une-tradition-familiale/

 

Guadalajara la surprenante

Guadalajara la surprenante

Depuis que nous avons quitté la Baja California qui a été si généreuse avec nous, nous sommes allé de surprises en surprises. Le ferry se rendant à Mazatlan ne fonctionnant pas, nous tentons sans succès de prendre un cargo. Nous nous replions donc sur le ferry qui se rend à Topolobampo. Mais trois semaines plus tôt, j’avais lu sur un site d’informations en ligne que l’un des plus gros parrain de la drogue venait de se faire arrêter dans sa villa de Los Mochis. A ce moment là, je me disais: “Pas de problème, nous n’allons pas là-bas”  mais c’était sans compter sur les imprévus qui rendent un voyage inoubliable. En effet, en arrivant dans le petit port charmant de Topolobampo, nous sommes obligés de passer par Los Mochis. La ville n’a rien d’attrayant si ce n’est une Panaderia où on peut acheter de vraies baguettes. Lors d’une sortie en ville pour se rendre justement à la panaderia, Joséphine qui est sur le porte bagage derrière Jérôme perd un peu l’équilibre (faut dire que les routes et trottoirs ne sont pas toujours en bon état) et se coince le pied dans la roue arrière. Après plusieurs minutes où mon taux d’adrénaline a atteint son point maximum, nous avons réussi à déloger son pied. Elle s’en sort avec une grosse égratignure et une grosse frayeur pour nous tous (et une roue voilée aussi …).

Le lendemain, nous décidons de prendre un bus jusqu’à Mazatlan. En attendant le départ nous avons 4 heures devant nous. Nous en profitons pour nous rendre au jardin botanique de la ville avec nos vélos chargés. Cinq minutes après notre entrée dans le parc, un garde nous indique que nous n’avons pas le droit de nous trouver ici !! Le problème c’est les vélos qui sont interdits dans les limites du jardin ! Surprise je lui demande si nous pouvons marcher à côté de nos vélos. Il me répond que ce n’est pas possible non plus et qu’il faut partir. Je lui précise quand même que je n’ai pas vu de panneau à l’entrée mais il m’indique sans un sourire que les fumeurs, cyclistes et étudiants sont interdits. Oui oui il a bien dit “Estudiantes”. Je manque de m’étrangler, des étudiants interdits dans un parc, est-ce que nous sommes au coeur d’une dictature ? Le garde, qui lui est en vélo soit dit en passant, nous escorte jusqu’à la sortie. Sur les grilles, un panneau indique que les vélos, les animaux de compagnie et les activités de prosélytisme politique sont interdits dans le jardin botanique. Les étudiants sont donc assimilés à des activistes politiques, mais les étudiants sont nécessaires à une société saine par leurs réflexions et le changement qu’ils souhaitent voir. A ce moment-là, je pense à la quarantaine d’étudiants qui ont disparu l’année dernière dans une ville corrompue jusqu’à l’os.

A El Rosario, à une cinquantaine de kilomètres de Mazatlan, nous nous faisons voler notre bouteille à essence pour le réchaud, à l’intérieur de l’hôtel ! Une visite éclair au poste de police de la ville ne donnant pas de résultats, nous nous fabriquons un réchaud à partir d’une canette de bière et d’alcool à 70 degrés. En attendant de se procurer une nouvelle bouteille, ce sera notre réchaud de secours. Nous nous rendons donc, un peu en catastrophe, dans la métropole de Guadalajara, deuxième ville du pays avec son million d’habitants. Tout comme Los Mochis, nous n’avions pas prévu de nous rendre à Guadalajara. Cependant, notre expérience ici valait bien le détour. Nous avons fait des rencontres incroyables en peu temps. Notre hôte, Florentino en particulier, est une personne très généreuse et talentueuse. Le soir de notre arrivée dans sa maison, il invite des amis qui se pointent avec leurs instruments de musique. Nous jouons tous, nous improvisons, nous dansons, nous rions tous ensemble jusqu’à une heure du matin. Pour une soirée de bienvenue, c’était très réussi ! Même Joséphine a fait son spectacle et a tenu le coup jusqu’au bout.

Nous avions prévu de rester peu de temps, ça fait maintenant 8 jours que nous profitons de la ville, de ses beautés mais surtout nous nous régalons des discussions, des rencontres et des échanges plus qu’enrichissants et motivants que nous trouvons ici.

En guise de conclusion, je vous laisse sur une petite vidéo qui résume un peu notre séjour à Guadalajara:

 

 

Beliz Iristay: Quand l’apprentissage de la céramique agrandit les perspectives de jeunes filles Mexicaine

Beliz Iristay: Quand l’apprentissage de la céramique agrandit les perspectives de jeunes filles Mexicaine

Voici l’article que j’ai écrit dans les colonnes de l’Aurore Boréale (journal francophone du territoire du Yukon). Parution Janvier 2016.

“Lors de notre pause de deux semaines à San Diego, j’ai découvert par hasard dans un magazine hebdomadaire de la ville un article au sujet d’une artiste qui enseigne la céramique à des filles de 5 à 18 ans dans un orphelinat de Baja California appelé « Rancho El Faro ». L’histoire me touche et je découvre que l’artiste vit dans la région de Ensenada. Par chance, la ville se trouve sur notre route et je décide de prendre contact avec elle par l’intermédiaire de son site internet. Sa réponse enthousiaste me réjouit et dès la frontière Mexicaine passée, nous nous dirigeons vers notre première entrevue en terre Mexicaine.

Beliz Iristay est née et a grandit dans la ville d’Izmir en Turquie. En 2004, elle décide de partir pour les États-Unis puis se fait un nom sur la scène artistique locale. Aujourd’hui, elle vit entre San Diego (Californie) et la vallée de Guadalupe à une quinzaine de kilomètres au nord de Ensenada en Baja California. Son travail reconnu internationalement est visible à San Diego et à Izmir en Turquie. Mme Iristay est diplômée de l’université des Beaux Arts Dokuz Eylul avec une spécialisation en technique de la céramique turque. Aujourd’hui elle produit des céramiques avec la technique raku et incorpore des gestes à la fois traditionnels et non traditionnels à ses oeuvres.  L’artiste continue d’explorer différentes façons d’enrichir son art sous des formes variées.

Oü et quand avez-vous appris la céramique ? J’ai appris la céramique à l’université de ma ville natale Smirna en Turquie de 1998 à 2003.

Pourquoi avez-vous décidé d’enseigner la technique de la céramique aux filles de l’orphelinat ? Je suis allée à la vente aux enchères d’art de la Fondation « Corazon de vida » (Coeur de la vie). J’y ai découvert les histoires d’orphelines qui ont réussi à aller à l’université.Ces filles vivent des situations très difficiles. J’ai écouté leurs histoires avec beaucoup d’émotion et j’ai décidé d’offrir mon aide. Je pense que la céramique est un art avec une grande valeur thérapeutique.

Pensez-vous que l’art fera une différence dans les choix de vie que ces filles feront ? Oui bien-sûr ! J’ai coordonné un projet avec les filles et je leur ai demandé de concevoir leur propre motif à partir de leur souhait. J’ai décidé d’utiliser le format du bougeoir car au Mexique les bougies sont considérées comme des capsules de désirs. Pour ce projet, certaines filles ont exprimé le désir de devenir médecin ou faire partie de la police par exemple. Cela montre comment le processus artistique peut influencer le processus de questionnement parce que celui-ci devient thérapeutique.

Pourquoi avez-vous choisi aujourd’hui de faire des céramiques Raku ? La technique du Raku me fascine car c’est un processus expérimental qui n’est jamais prédicable. Dans mon pays la tradition de la céramique est belle mais rigide. La technique du Raku est à l’opposé, elle est organique et libre et apporte son lot de surprises, je me sens ainsi plus libre et hippie !

Deux techniques, deux façons de créer 

Le raku est un technique de cuisson de la poterie développée au Japon au XVIeme siècle lors de la Cérémonie du Thé dont le rituel était étroitement lié à la philosophie Zen. On émaillait et on cuisait son bol avant de l’utiliser pour boire le thé. Actuellement cette technique est utilisée pour la réalisation de diverses poteries allant du simple bol à la sculpture la plus complexe en passant par des vases, coupes ou toutes créations issues de l’imagination du potier.

L’art de la céramique en Turquie: La pâte employée pour la fabrication de la céramique d’Iznik est silicieuse et contient également du plomb. Le plomb y est ajouté afin de baisser la température de cuisson de la céramique.La cuisson de la céramique d’Iznik dure environ 20 heures. Après cuisson, un refroidissement de 7 jours intervient. Ce refroidissement permet d’éviter l’apparition de craquelures en surface de la céramique.”